Je vous laisse donc en sa compagnie, le temps d'un questionnaire...

Bonjour Antoine,
1 : Seriez-vous par hasard un collectionneur non accessoirement fumeur (non pas de havanes quoique..) mais de Benson dorées ?
-Je collectionne cette espèce, en espérant un jour en finir avec cet intérêt...
2 : Que représente le mot « Drouot » pour vous ? Une longue et vieille passion, ou une découverte un peu inopinée et de toute évidence émoustillante au point de vous inspirer un roman, « Ailleurs si j’y suis », (délicieux par ailleurs) ?
-Une très longue et très ancienne passion, en ce sens beaucoup de choses dans la première partie d’ Ailleurs...sont personnelles. J’éprouve la même émotion que le personnage devant certains objets anciens. C’est une émotion comparable au coup de cœur que l’on peut éprouver pour une jolie femme. Les objets sont des histoires d’amour, avec la rencontre, l’engagement, après l’on vit avec, parfois on se quitte...C’est très similaire.
3 : Les arts décoratifs anciens meublent votre premier roman , l’art moderne le second… Etes-vous plutôt « ancien » ou « moderne » côté déco ?
-Très bonne question. Beaucoup de lectrices ont été attentives à cet aspect du livre. C’est un peu un hasard, je n’ai pas du tout pensé à faire un « pendant » qui serait l’inverse du premier livre. Il me semble toutefois qu’ Ailleurs... est doux et romantique comme le sont les objets du XVIIIème et XIXème siècle, Fume...porte en lui une forme de violence qui va bien à l’Art Contemporain. C’est une question de décor...Ailleurs... se termine en Bourgogne, terres anciennes, dans Fume...On ne sortira pas de la ville. Il y a un côté urbain, moderne, contemporain, comme cet Art.
4 : La notion de plaisir est centrale dans « Fume et tue ». Sans plaisir (j’ai envie d’ajouter, sans passion), la vie ne vaut pas d’être vécue. Avec « Fume et tue », vous avez levé le voile sur un nouveau mobile en matière de crimes, la quête du plaisir. Non pas le plaisir de tuer, non, ça tous les amateurs de thriller ont un ou l’autre croisé un serial killer au détour d’une page, mais l’action de tuer pour accéder à un état de plaisir mystérieusement évanoui et pour lequel ce criminel d’un nouveau genre à trouvé un étonnant substitut, totalement illégal celui-là, le meurtre…
J’en ai des frissons, j’espère que Fabrice Valentine ne fera pas trop d’émules.
(Vous m’arrêtez si je fais fausse route, Antoine, je compte sur vous ;)
Ce long préambule pour vous demander tout simplement :
Qu’est-ce qui vous fait vous lever tous les matins et sans lequel la vie vous paraîtrait d’une fadeur insupportable ?
-La notion de plaisir ne m’était pas apparue si essentielle à la fin de l’écriture. Pour moi, Valantine tuait et en « profitait » pour fumer...C’est curieux, j’en conviens, car après l’avoir relu je me suis aperçu que c’était plus ambiguë que cela. En fait c’est mon ami Jean Castelli, (éditeur chez Pauvert aujourd’hui à la retraite) et qui me fait l’amitié de lire mes manuscrits, qui a le premier pointé cette notion de plaisir, il l’appelait « quête du plaisir » lui aussi. Je crois que le seul meurtre vraiment gratuit, uniquement motivé par la cigarette, c’est celui du voisin qui bat sa femme, le meurtre au miroir. Dans les autres Valantine se défend d’un danger qui menace l’équilibre de son existence, pas dans celui-là. Qu’est ce qui me fait me lever le matin ?...L’idée qu’un jour il fera beau, très beau et chaud et que le soleil sera radieux pour un bon bout de temps.
5 : Je sais que vous lisez beaucoup, si j’en crois le très intéressant questionnaire de Caroline…
Quels rapports entretenez-vous avec les livres ?
Les classez-vous, bien alignés dans une magnifique bibliothèque ancienne (pourquoi pas « Empire »), les empilez-vous quelque part, au petit bonheur la chance, les donnez-vous aussitôt après les avoir raturés, annotés, "post ités", ou les empruntez-vous tout simplement à la bibliothèque (ce que je n’imagine pas une seconde, sans raison objective aucune…)
- Je peux acheter des poches, vous savez une fois le livre ouvert, le texte prime sur le reste : papier, couverture, format...Il se met a briller tout seul et vous emmène ( ou pas ). Cependant j’aime aussi avoir quelques très belles éditions originales, je pense à une édition d’ A Rebours de J.K Huysmans, ou une autre de Jean Lorrain sur Venise...Là c’est autre chose, ce sont des livres que l’on ouvre sur une table, bien assis et dont on tourne les pages doucement. Sur le sujet des éditions anciennes, il y un film de Roman Polanski, la neuvième porte, qui en parle très bien, c’est un film sous-estimé, dommage. Sinon je ne les classe pas par ordre, seulement par auteur, en fait c’est assez désordonné, je suis le seul à m’y retrouver et encore pas toujours...
6 : Pour faire suite au questionnaire de Caroline, quel est le roman de Jean Echenoz que vous me recommandez absolument ?
- Je m’en vais. Commencez par celui-là, vous pourriez poursuivre par Ravel et passer à Cherokee, puis Les grandes blondes.
7 : Beaucoup de créateurs, qu’ils soient peintres, couturiers, joailliers, s’isolent pour travailler. Besoin de silence, mais aussi d’un environnement qui en aucun cas ne nuise à leur inspiration, interférences, contamination d’idées extérieures… D’autres au contraire s’entourent de notes, d’illustrations, d’extraits, d’articles découpés dans la presse…
Comment procédez-vous quand vous vous mettez à l’écriture ? Avez-vous un rituel, toujours semblable, ou pouvez-vous écrire n’importe où, à n’importe quelle heure ?
Et continuez-vous à lire pendant cette fameuse période ?
- Je ne lis pas trop, voir pas du tout durant la période d’écriture. Rituel... Je ne sais pas. Disons que je ne peux pas travailler avec du bruit autour, un café ou un bar pour se relire, très bien, pour écrire, non, vraiment pas. Des documents, oui j’en ai parfois beaucoup, punaisés autour de mon bureau, il y en a qui restent des deux livres précédent, par exemple cette étiquette du whisky Bowmore que buvait Pierre-François Chaumont dans Ailleurs...ou encore cette carte de visite d’une chasseuse de tête qui m’avait renseigné pour Fabrice Valantine dans Fume...cela forme des sortes de strates géologiques, il y aussi des coupures de journaux avec quelque chose qui servira peut-être un jour...
8 : Enfin, LA question que se posent tous vos nouveaux « adeptes » :
Avez-vous commencer un nouveau roman et pouvez-vous nous en dire, allez, juste deux mots ?
- Deux mots ?...François Heurtevent. C’est le nom du héros.
Un grand merci Antoine et à très bientôt !
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PRIX LITTÉRAIRES 2008
PATRICK MODIANO
PLUS BELLE LA VIE
JEAN-LOUIS FOURNIER
HARLAN COBEN
BÉNABAR
VINCENT DELERM
NOIR DÉSIR
MILES DAVIS
NINA SIMONE
AMÉLIE NOTHOMB
DESPERATE HOUSEWIVES



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